Dimanche 1er octobre 2006, zéro heure et 1 minute.
Voilà donc une minute que mon préavis de trois mois s'est techniquement achevé et que je ne suis plus le directeur général de l'agence de RP dans laquelle j'ai travaillé pendant 7ans.
Pas de règlement de compte, ni d'anecdote amère sur l'agence en question. Pour 3 raisons :
- j'ai du respect pour cette entreprise et la très grande majorité de ses collaborateurs ;
- j'ai choisi depuis longtemps de ne pas mentionner mon agence sur ce blog. Le fait de la quitter ne change pas cette règle ;
- il existe des centaines de témoignages sur la vie du communicant en entreprise, moins sur celle du communicant démissionnaire. Allons-y.
Consultant pendant 7 ans dans la même boîte de com, je me doute que cela pose question : nullité crasse ? Placardisation à double-tour ? Favoristisme voire népotisme ? Agoraphobie ? Etat de mort cérébrale ? Non. Tout simplement la certitude, chaque matin, que j'allais faire des choses intéressantes avec des gens intéressants. J'assume parfaitement la niaiserie de mon côté "Sifflez en travaillant" des 7 nains de Blanche Neige. Sauf que là, Blanche Neige, on peut pas vraiment dire qu'elle
Sinon, je confirme : oui, les agences de RP, via leurs chasseurs de tête, se piquent les consultants les unes aux autres. Début juillet, alors que ma démission était censée être confidentielle, je recevais déjà des appels pour des "rendez-vous". C'est le jeu des chaises musicales mais le rythme et la tonalité ne sont pas toujours bien mixés. Il ne faut plus s'étonner ensuite que toutes les agences de com inscrivent à l'ordre du jour de leurs séminaires de direction des discussions stratégiques du type : Comment attirer et retenir les meilleurs ? Réponse : en commençant par arrêter de les piquer au voisin.
Analyse : l'auteur passe en revue les différentes phases psychologiques du consultant démissionnaire mais s'attarde peu sur les séquelles traumatologiques, certainement irrécupérables.
1/ le déni
Je savais qu'il fallait partir. Les derniers mois étaient une accumulation implacable de signes que le temps était venu de passer à autre chose. Et pourtant, je suis resté longtemps incapable de conduire cette analyse rationnelle et d'en tirer les conséquences pratiques. J'ai l'habitude d'analyser et de décider plutôt rapidement. 1ère leçon : ce que vous faites pour vos clients (et ils vous paient pour cela), faites le pour vous (c'est gratuit).
2/ le passage à l'acte
Très fait divers passionnel... Avec le recul, l'épisode "il démissionnait debout, c'est peut-être un détail pour vous mais pour lui ça veut dire beaucoup" me fait désormais rire aux larmes. A l'époque, il y avait plus de larmes que de rires. 2ème leçon : Sarah Bernhardt est morte, respectez sa mémoire parce qu'elle était bien meilleure que vous dans la grande scène de la séparation, acte II, scène 4.
3/ la culpabilité
Louise, 7 ans : "Tu vas être au chômage comme à la télé ?" Je ne sais même plus ce que j'ai répondu mais je me souviens qu'un bref instant je me suis demandé s'il restait des tentes chez Médecins du monde. 3ème leçon : je vous confirme que, sur un plan financier, il est plus intéressant de se faire licencier que de démissionner. Surtout juste avant le paiement du premier tiers prévisionnel.
4/ l'explication
Pourquoi ? En fonction de celui qui vous pose la question, la réponse varie. Pas dans son contenu mais dans son expression. Une démission est une séparation, un échec certes riche d'enseignements mais, tout de même, un échec. Parler de l' échec d'une relation est difficile, pour les autres et pour soi-même. 4ème leçon : ne confondez pas explication et justification.
5/ la liberté
Boucler les dossiers, trier ses archives, continuer son travail auprès des clients mais, avec dans le coeur, le soufle léger de la liberté. Même dans Trésor public, j'ai réalisé qu'il y a le mot trésor. Etrangement, cette sensation de liberté a plongé PR.ojet Z dans le silence. Sans doute parce que PR.ojet Z était d'abord l'expression intime de mon enthousiasme pour un projet (PR.ojet ? projet ? ça alors !) qui s'est évanoui entre New York et Paris. Mais, dans l'affaire, j'ai découvert que ce blog était devenu plus important que l'idée qui l'avait fait naître. 5ème leçon : heu... Dans les côtes, la priorité revient à celui qui monte ?
6/ l'émotion
Mercredi dernier, c'était la fête avec mes amis, ceux avec qui je travaillais avec bonheur, ceux avec qui j'ai tellement ri (ou parfois pas du tout) et tellement partagé. J'ai adoré ce moment. 6ème leçon : il faut dire aux gens qu'on aime qu'on les aime.
PS 1: Pas la peine de m'envoyer le numéro de téléphone de Médecins du monde. Après avoir envisagé (un quart de millième de seconde) un avenir rural et radieux d'agriculteur dans la Sarthe, j'ai décidé de poursuivre ma carrière dans les RP. Un challenge incroyable, une chance à saisir, une aventure inattendue et, de fait, totalement passionnante.
PS 2 : Alors que j'écris cette note, mon ancienne agence se trouve au coeur d'une polémique typiquement blogosphérique. Je ne connais pas le dossier Top 100 en détail (on confie rarement les projets de promotion interne à un DG démissionnaire !). En revanche, je connais et j'estime beaucoup le consultant qui en a la responsabilité. Sa réputation dans la blogosphère, sa compétence et son honnêteté intellectuelle devraient lui valoir le respect des blogueurs. Parlez-lui, vous verrez que c'est encore mieux que de simplement "parler de lui". Parce que ce garçon est un professionnel consciencieux et une personne de qualité.